Tsunami

Un expert. « La vraie crise commence »

– CRISES “HORS CADRE” –

Télégramme de Brest – 31 décembre 2004

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Mise en place de réseaux de gouvernance, flux de réfugiés, reconstruction des villages… la vraie crise commence. 

Plus de 120.000 morts, quelque cinq millions de personnes déplacées et démunies de tout en Asie du Sud et du Sud-Est… Le désastre est immense, d’autant que l’aide internationale, très importante, a bien du mal à parveni r dans les zones les plus reculées . « La vraie crise commence », prévient Xavier Guilhou, spécialiste de la gestion des crises internationales. D’autres Bretons, présents en Thaïlande et aux Maldives lors du drame, apportent leur témoignage.

Xavier Guilhou, spécialiste de la gestion des crises internationales depuis 25 ans, actuellement en vacances à Bénodet, analyse les conséquences des raz-de-marée en Asie. Le cabinet XAG qu’il dirige, travaille avec les Etats, les organisations non gouvernementales, les entreprises, les collectivités locales… Selon lui, le plus dur reste à venir.

Était-il possible de mieux prévenir ce type de catastrophes ?

Lorsque l’on est confronté à des risques naturels de type ouragans, tremblements de terre, la prévention reste difficile à gérer. Les meilleurs en la matière, les Japonais qui vivent sur une faille comme les Taïwanais, possèdent des systèmes d’alarme parmi les plus sophistiqués du monde. Ils sensibilisent les populations dès le plus jeune âge, ils ont des casques sous leurs bureaux en permanence… Cela ne les empêche pas d’avoir régulièrement des catastrophes qui font des milliers de morts.

Nous voyons bien nous aussi, en Guadeloupe ou à la Réunion, qu’on ne peut rien faire contre des vents de 200 km.

Le bilan s’alourdit chaque jour. Risque-t-il d’être beaucoup plus important que les chiffres avancés aujourd’hui ?

A la télévision et dans les médias en général, nous n’avons qu’une vision très partielle des choses. 80 % des images concernent nos ressortissants, les hôtels qui ont été frappés par la catastrophe, soit à peine 1 % des victimes. Les journalistes n’ont accès qu’à ces informations. Si vous allez à quelques kilomètres de là, il y a une grande misère, avec une population très dense, c’est là que se situe la vie. Nous n’avons pas de vision de ce qu’est le niveau de destruction réelle. Je pense qu’on avoisine une catastrophe de l’ordre de celle du Rwanda qui avait fait de 500.000 à un million de morts.

Au-delà des victimes que l’on trouve aujourd’hui, il y a des disparus qu’on ne retrouvera jamais, sans compter les effets indirects, comme les épidémies qui vont suivre.

Les difficultés sont-elles encore devant nous ?

La vraie crise commence maintenant. On a traité l’urgence avec le rapatriement des ressortissants et la recherche des disparus, mais c’est une aiguille dans une botte de foin. C’est à la fois mieux et pire qu’une guerre, ici c’est une destruction totale des habitations, des infrastructures et, plus grave, de tous les réseaux de gouvernance qui étaient capables de tenir les populations, de remettre en place les réseaux de vie. Les fonctionnaires locaux, les maires, tous ces gens ayant la capacité à traiter les problèmes liés aux populations sont morts. Ces pays se trouvent face à des problèmes d’organisation de la gestion de la crise démentiels.

Comment remettre ces pays sur les rails ?

Il va falloir pallier ces disparitions avec l’envoi de fonctionnaires de pays étrangers, pas forcément préparés à ce genre de choses. Les pays sinistrés accepteront-ils l’aide internationale ? Ce n’est pas évident.

Et puis, il y aura le problème des flux de réfugiés, des millions de personnes, qui gardent la hantise d’une nouvelle vague, vont fuir les zones sinistrées pour aller vers l’intérieur. Ils ne reviendront peut-être pas avant plusieurs mois. Enfin, va se poser le problème de la sortie de crise avec la reconstruction des villages sur le littoral. Je vous le répète, la vraie crise commence.

Propos recueillis par Yves Drévillon

Copyright © Le Télégramme 31/12/2004

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